Différents débats et plateformes ont été mis en place ces dernières années sur la transformation digitale de l’Afrique. Un sujet de discussion qui génère l’innovation du continent grâce au numérique. Il est sans doute que le numérique a le pouvoir de changer la donne. Mais la pertinence du sujet se fait demander quand même : est-ce urgent d’investir dans le numérique en Afrique ? Cette question remet en cause sur les enjeux présentés par ce panel. Touchant l’ensemble des secteurs d’activités, il se trouve de nos jours au cœur de la stratégie pour la révolution mondiale. Qu’en est-il pour l’Afrique ? Faut-il attendre encore ou est-ce devenu une situation d’urgence ?

Enjeux du numérique pour l’Afrique

Les pays africains avancent pas à pas dans le numérique. L’Afrique compte même à devenir le leader mondial du numérique. Pourtant, il y a quelques aspects qui freinent cet essor. Il y a cette vision de grande infrastructure physique. Bien évidemment, le continent a besoin de bâtiments et infrastructures. Mais c’est un projet à long terme qui nécessite un grand budget. Pourtant, l’investissement numérique accélère le développement avec un coût minimal. Comme il faut quand même des infrastructures télécommunications, les deux sont essentiels et complémentaires. À l’heure d’Internet, les pays africains ont le droit d’être connectés au reste du monde. Malheureusement, l’électricité n’est pas en accord avec ce fait. Plusieurs régions n’ont pas encore de l’électricité ne serait ce que pour éclairer pendant la nuit. Un enjeu majeur, qui nécessite un investissement rapide afin de pouvoir améliorer déjà la condition de vie. D’ailleurs, l’accès à l’internet est une affaire de luxe pour le continent. Le coût moyen de la connexion dépasse largement le pouvoir d’achat des consommateurs. Alors que la qualité n’est pas au rendez-vous. Et sans oublier la sécurité, elle représente un réel enjeu par rapport à l’avancée numérique. Essentiellement, pour les jeunes utilisateurs, il faut un accompagnement et surtout des règles à respecter.

Le numérique : un levier de croissance africain

À la base, le terme « numérique » qualifie les systèmes et dispositifs qui représentent leurs données sous forme de nombres. C’est le cas des smartphones, des appareils photo, des unités centrales, de la smart TV, mais aussi les routeurs, les câbles ainsi que le réseau internet. Aujourd’hui, le numérique ou digital en anglais, évoque le concept de la révolution technologique. Marcel Mauss le décrit comme « un fait social total » ; Jean-François Cerisier, Professeur de sciences de l’information et de la communication ajoute : « Parce que ces technologies transforment l’ensemble de la société et de toutes ses institutions ».
Les réseaux internet se développent progressivement. La population de plus en plus connectée, le monde bouge au tour du numérique. On ne peut plus y échapper. A titre d’information, les villes les plus connectées en Afrique sont Alger, Casablanca, Dakar, Lagos, Abuja, Cape Town, Johannesbourg, Nairobi, Addis Abeba, Le Caire et Alexandrie. Selon une étude McKinsey4, 57% d’entre eux surfent régulièrement sur les réseaux sociaux. Bien exploité, le numérique pourra promouvoir les secteurs prioritaires du continent, en citant l’agriculture, l’éducation, la santé et l’économie. En parlant de ce dernier, Vera Songwe, secrétaire exécutive de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, affirmait « qu’il faut investir, entre autres, dans l’infrastructure et les compétences numériques pour exploiter au mieux tous les avantages liés à l’économie numérique sur le continent africain(…) ». L’investissement dans le numérique est ainsi comme une lueur d’espoir dans la croissance africaine. À savoir que c’est déjà en marche et on commence à bénéficier du résultat.

Promouvoir l’agriculture numérique

Majoritairement, la population africaine vit sur l’agriculture. Il représente 70 % des emplois en Afrique. C’est un secteur d’activité prometteur pour éradiquer l’extrême pauvreté. Mais comment ? Le numérique. Grace aux diverses technologies émergentes, les pratiques agricoles et la gestion de la récolte peuvent être améliorées d’une façon innovante et efficace. Il existe d’une part la blockchain, l’intelligence artificielle, l’internet ; et d’autres part, les drones, les smartphones ainsi que les satellites. Ce sont des moyens innovants et efficaces pour informer les agriculteurs sur comment améliorer à la fois leur productivité et leur qualité de vie. Autrement dit, c’est une opportunité pour les agriculteurs de révolutionner leur activité.
D’après les estimations de l’African Center for Economic Transformation, le continent dispose 600 millions d’hectares de terres arables non cultivées. Pour promouvoir l’agriculture numérique, les investissements se reposent sur le rendement de ces terres arables. Une opportunité d’affaire énorme pour les entreprises agroalimentaires africaines, ils peuvent s’aligner en suite sur le marché alimentaire mondial.
Diverses start-ups adoptent l’agriculture numérique :

  • Ethiopia Commodity Exchange : un marché agricole virtuel accessible par téléphone et SMS.
  • Mlouma : une plateforme de vente en ligne de produits agricoles au Sénégal.
  • iCow : une application dédiée aux fermiers. Elle donne des informations personnalisées pour une meilleure culture.

Investir dans l’éducation numérique

Les écoles africaines sont paralysées avec la méthode d’enseignement traditionnelle, c’est-à-dire enseignement-élève-tableau noir. Alors que cette pratique ne permet point à développer les compétences nécessaires pour l’avenir professionnel. Non seulement les compétences, mais plus profond que cela, il y a le manque de développement personnel et la créativité. La plupart des jeunes africains doit parcourir chaque jour une dizaine de kilomètres pour aller à l’école. Cette longue marche réduit leur motivation. Par conséquent, la scolarité, voire l’éducation reste un rêve irréalisable pour certains. En cette période de crise sanitaire par exemple, dans les pays avancés, les étudiants peuvent continuer leurs études grâce à une plateforme d’e-learning. Par contre, les jeunes d’Afrique n’ont pas cette occasion. Tout simplement car ils n’ont pas accès à l’internet. D’où vient l’importance de l’éducation numérique.  Investir dans l’éducation numérique permet aux jeunes générations d’être confrontées dès leur plus jeune âge aux nouvelles technologies. D’autant plus que les jeunes africains sont talentueux et pleine d’énergie, cela entraine certainement un avenir meilleur de l’éducation.

C’est pourquoi il existe différentes plateformes qui favorise l’éducation numérique comme :

  • Les Ateliers Des Génies : une organisation au Sénégal qui organisent des activités para-scolaires et s’associent à des écoles pour proposer des cours d’éducation numérique.
  • Obami : une plateforme de mise en relation entre les écoles, les enseignants et les parents. Elle informe à propos des nouvelles tendances en matière d’éducation, elle partage les ressources et elle lance des projets.

La santé et le numérique

Avoir accès aux soins est difficile pour les africains. Selon une étude menée par Orange, intitulée le mobile au chevet de l’Afrique, il y a seulement 15 médecins pour 100 000 habitants en Afrique. La grande majorité de la population africaine vit en zone rurale. La distance parcourue est également une raison de plus qui amplifie cette difficulté. Il n’est pas donc étonnant de savoir que les maladies comme le VIH, la tuberculose, le paludisme sont à l’origine de millions de décès chaque année. Pour faire face à tous ces problèmes, la solution se repose encore sur le numérique, notamment le diagnostic à distance et la télémédecine. Grace à l’internet, ces deux nouvelles conceptions semblent possibles.  L’approche des services médicaux africains doivent ainsi s’investir sur la santé mobile.

Voici quelques projets déjà en cours sur cette approche :

  • My Healthline : un service d’information mis en place par Orange. Il envoie des SMS concernant la contraception, la sexualité, le VIH et MST.
  • M-Pedigree : une application développée au Ghana qui permet de vérifier si les médicaments sont contrefaits.
  • Cardiopad : une tablette qui permet d’analyser, de calculer, de visualiser et d’enregistrer le rythme cardiaque. Les résultats sont ensuite transmis simultanément à distance à un cardiologue pour le diagnostic. C’est une tablette innovée par un jeune ingénieur camerounais.

Investir dans le numérique en Afrique : est-ce urgent ?

Un défi urgent s’impose donc tout naturellement face à la révolution technologique du monde entier. Presque tous les partenaires du continent exigent aujourd’hui un Afrique connecté. Car la digitalisation ouvre un grand portail favorisant la création d’emploi et l’amélioration de vie.
De plus, l’investissement numérique des secteurs traditionnel l’agriculture, l’éducation et la santé reflète en quelque sorte la liberté du continent. Ces trois piliers fondent l’économie africaine. L’innovation numérique de ces piliers-là assure un développement économique dynamique.
En prenant comme exemple le cas de Kigali au Rwanda ou Cibercity d’Ebene à Maurice, ces villes sont devenues aujourd’hui des hubs technologiques importants pour l’Afrique. Ils puisent leur développement grâce à la technologie.
Bref, la question est désormais une affaire de priorité. Chaque Etat possède leur plan d’action pour permettre l’essor du numérique. Il est libre de choisir le domaine d’activité qu’il voulait mettre en valeur. On distingue trois spécialisations du numérique :

  • Les centres d’appels comme à Madagascar, Tunisie, Maroc.
  • Les centres de recherche et d’innovation avec Nigeria, Kenya, Afrique du Sud, Ghana.
  • Les hubs à start-up, le cas de Tunisie, Rwanda et Côte d’Ivoire.

De toutes les manières, il est sûr que le numérique est en marche en Afrique. D’ici 5 ans, on rencontrera un nouveau visage du continent : un Afrique digitalisé.